Changer de régime fiscal en cours de bail peut surprendre par ses répercussions sur l’impôt à régler. La loi fixe la limite à 15 000 euros de revenus bruts pour passer au micro-foncier, mais tout ne se joue pas sur un seuil mathématique : certains types de revenus ou de charges ignorés du calcul peuvent faire basculer la donne.Le passage du réel au micro-foncier ne se produit pas toujours comme on l’imagine. Selon les travaux réalisés ou certaines situations précises, l’option devient alors irrévocable, rognant la souplesse attendue pour ajuster la fiscalité de ses loyers.
Le micro-foncier, un régime fiscal simplifié pour les revenus locatifs
L’administration fiscale reste catégorique : bénéficier du micro-foncier suppose de percevoir uniquement des loyers issus d’une location nue et de ne jamais dépasser 15 000 € de revenus bruts fonciers annuels. Pas de dépassement du plafond, pas de démarche à prévoir : le micro-foncier s’applique de lui-même. Son attrait repose sur un point-clé : un abattement automatique de 30 % réduit la part imposable, sans même lever le petit doigt.
Le système a de quoi séduire tant sa clarté tranche avec les subtilités du réel. Il suffit de reporter le montant des loyers bruts dans la case 4BE du formulaire 2042, lors de la déclaration annuelle. L’administration se charge du reste : plus question de courir après chaque justificatif de dépenses, ni de vérifier ligne à ligne la nature des charges. Aucune surprise, 70 % des loyers seulement alimentent l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux à 17,2 %.
Pour savoir dans quels cas le micro-foncier colle parfaitement à la situation d’un bailleur, mieux vaut avoir en tête quelques points distinctifs :
- Exclu pour la location meublée : ce régime ne concerne que la location nue ; le meublé, lui, relève d’autres systèmes comme le micro-BIC ou le réel.
- Accordé avec la loi Pinel, mais non compatible avec les montages Malraux ou Monuments Historiques.
- Un seul bien ne peut cumuler micro-foncier et micro-BIC, mais la coexistence devient possible avec plusieurs biens de nature différente.
Cette formule allégée n’a pas que des avantages. Impossible, par exemple, de déduire vos véritables charges. Ne comptez pas défalquer le coût d’un gros chantier, les intérêts d’un prêt ou même la taxe foncière, hormis la part de copropriété. Le micro-foncier s’adresse donc à ceux dont les frais annuels ne pèsent pas lourd, et qui veulent alléger la gestion au maximum.
Qui peut en bénéficier ? Conditions d’accès et spécificités à connaître
Le micro-foncier vise principalement les particuliers touchant des loyers de locations nues, tout en restant sous la barre des 15 000 € de revenus bruts chaque année. Le régime s’active sans lettre à envoyer, ni option à poser.
Dans certains cas, la porte se ferme automatiquement : les bailleurs en meublé, ceux qui investissent via une société à l’IS ou qui bénéficient de dispositifs spéciaux comme Malraux ou Monuments Historiques restent à l’écart. En revanche, la location Pinel ne pose aucune difficulté, elle s’accommode très bien du micro-foncier.
Pour clarifier l’accès au régime, il est utile de rappeler les points-ci :
- Tous les loyers bruts perçus, peu importe le nombre de biens, entrent dans le calcul du plafond de 15 000 €, y compris en indivision.
- Louer à la fois en nu et en meublé reste possible, à condition de le faire sur des lots distincts et de prendre le micro-BIC pour le meublé.
- La déclaration des revenus fonciers passe systématiquement par la case 4BE du formulaire 2042.
Dernier détail souvent ignoré : choisir le régime réel engage pour trois ans. Impossible de revenir au micro-foncier avant que cette période ne s’achève. Par ailleurs, il reste obligatoire chaque année d’indiquer à l’administration fiscale l’occupation des biens immobiliers, comme l’exige l’article 1418 du CGI.
La souplesse du micro-foncier séduit, mais impose de rester vigilant : la moindre location meublée, même passagère, fait perdre le bénéfice du régime. Pas de passe-droit, l’administration fiscale surveille conformité du plafond et nature des logements déclarés.
Comment fonctionne l’abattement de 30 % : mode de calcul et exemples concrets
À titre de comparaison, le micro-BIC concerne les loueurs en meublé (statut LMNP ou LMP), et l’abattement grimpe à 50 % du montant brut, sans prise en compte des dépenses réellement engagées.
Imaginons un meublé rapportant 10 000 € annuels : seuls 7 000 € sont retenus pour le calcul de l’impôt, 3 000 € étant effacés par l’abattement automatique. Aucun justificatif, aucun effort comptable. Le micro-foncier, réservé à la location nue, fait moins bien sur ce point, car son abattement plafonne à 30 %. Dès lors, le micro-BIC ressort plus attractif pour qui supporte peu de charges et dépense rarement en travaux.
Pour visualiser les différences à l’usage, quelques éléments essentiels :
- Micro-BIC : 50 % d’abattement sur la location meublée.
- Micro-foncier : 30 % d’abattement sur la location nue.
- L’application reste systématique : inutile de conserver ou de présenter les preuves des dépenses.
Un temps évoquée dans les débats budgétaires 2025, la hausse de l’abattement micro-foncier à 50 % n’a pas été adoptée. En l’état, c’est la location meublée qui offre la meilleure réduction fiscale, tant que le plafond des loyers bruts n’est pas dépassé.
Faut-il passer du réel au micro-foncier ? Les situations où le changement devient intéressant
La question du passage du régime réel vers le micro-foncier mérite réflexion. La simplicité séduit, mais il y a d’autres critères à prendre en compte. Si l’ensemble de vos revenus locatifs bruts annuels restent sous 15 000 €, vous basculez automatiquement vers le micro-foncier, avec l’abattement appliqué d’office et aucune formalité spécifique à réaliser.
Ce changement prend tout son sens dès lors que vos charges déductibles (travaux, intérêts d’emprunt, taxe foncière) ne dépassent pas l’abattement proposé. Vous n’avez pas de dépenses majeures ? Le micro-foncier permet d’alléger le travail administratif, surtout en l’absence de gros travaux prévus.
Inversement, le régime réel garde de l’intérêt quand les charges explosent, ou si la création d’un déficit foncier (maximum 10 700 € par an) devient l’objectif. Cette solution implique un suivi précis de la comptabilité, l’usage du formulaire 2044, et l’engagement ferme pour trois ans.
Il existe quelques schémas répétitifs où le micro-foncier fait la différence :
- Absence de travaux ou de charges lourdes durant l’année
- Prêt immobilier remboursé ou quasiment clos
- Loyers réguliers et toujours en-dessous du plafond
En revanche, la location meublée, ou tout investissement soumis à certains dispositifs fiscaux spécifiques (loi Malraux, Monuments Historiques), écarte systématiquement du micro-foncier. Choisir le bon régime, c’est d’abord adapter la fiscalité au rythme de l’investissement et à l’évolution du bien.
Prendre une direction fiscale, c’est souvent arbitrer entre simplicité et latitude. Une décision discrète qui anticipe bien plus qu’une simple ligne dans la déclaration : parfois, cette année, c’est le micro-foncier qui ouvre la voie, parfois tout s’inverse à la prochaine échéance.


